Alors que des travaux d’ampleur sont en cours afin de réviser le mode de rémunération des pharmaciens, quelles orientations ces derniers préconisent-ils alors qu’ils jugent eux-mêmes leur modèle économique « en danger » ? Dans le cadre d’une consultation menée en novembre 2025 par la FSPF, 5 000 d’entre eux ont été interrogés dans la France entière. Premier élément à retenir : les officinaux sont attachés à la rémunération à l’honoraire, notamment car elle offre « une sécurité face aux baisses de prix des médicaments ». Un maintien des honoraires existants, un rééquilibrage « en faveur de l’honoraire à l’ordonnance » pour valoriser le cœur du métier, la création de nouveaux honoraires et bien sûr une revalorisation de leur montant actuel sont plébiscités par la profession. Les pharmaciens souhaitent en effet que de nouveaux honoraires soient mis en place pour mieux valoriser la diversité des missions qu’ils assument aujourd’hui, notamment « les dépistages (HTA, diabète, TROD), l’orientation du patient dans le parcours de soins, les « petits soins » d’urgence,
le sevrage tabagique, la PDA, les interventions pharmaceutiques ou la dispensation des renouvellements exceptionnels », sur lesquels les pharmaciens estiment ne pas être suffisamment bien rémunérés aujourd’hui.
De nouveaux honoraires leur semblent donc indispensables pour mieux valoriser la diversification de leurs missions, processus en cours et qui a vocation à se poursuivre, comme l’illustre la mise en place des entretiens pharmaceutiques sur le diabète de type 2, début 2027 avant peut-être d’autres, cette fois dans le champ des maladies cardio-vasculaires. Les pharmaciens n’oublient cependant pas de citer l’ensemble des prestations qu’ils réalisent aujourd’hui quotidiennement sans percevoir de rémunération en retour et demandent que celles-ci soient rémunérées « avant d’en créer de nouvelles ».
« Un basculement progressif vers une rémunération par actes et missions »
Cette consultation montre aussi que les officinaux attendent des évolutions au sujet du système des rémunérations sur objectifs de santé publique (ROSP), jugé « utile », mais aussi « trop complexe ». Ils demandent que de nouvelles ROSP soient aussi créées pour les récompenser, notamment si des objectifs sont atteints sur le dépistage par exemple. Globalement, les officinaux observent que « le modèle centré sur la marge réglementée du médicament est arrivé à bout de souffle, et (qu’il faut) un basculement progressif vers une rémunération par actes et missions, tout en sécurisant la marge commerciale existante ». Soit « un modèle mixte » (marge sécurisée + rémunération équitable des actes + ROSP orientées vers la santé publique), susceptible de compenser la diminution des volumes de boîtes de médicaments et les baisses de prix sur ces derniers. « À travers les résultats de cette enquête, les pharmaciens donnent une direction claire et proposent des pistes qui sont plutôt prudentes et conservatrices, commente Philippe Besset, président de la FSPF. Ils veulent des évolutions, mais à condition que cela soit bien maîtrisé. Ils veulent aussi que l’on s’appuie sur le système des honoraires, auquel ils sont désormais habitués, et que l’on garde aussi une base autour du médicament », souligne-t-il.
Les entretiens et les bilans partagés de médication peinent à convaincre les pharmaciens.
Les nouvelles missions sont donc appelées à jouer un rôle fondamental, aussi bien dans l’exercice au quotidien que dans l’équilibre économique du réseau officinal. Les derniers chiffres communiqués par l’assurance-maladie montrent toutefois que le déploiement de certaines de ces missions patine. Ainsi, les entretiens AVK, AOD et Asthme rapportaient encore 2,6 millions d’euros au réseau en 2014. Dix ans plus tard, réduite à peau de chagrin, cette rémunération ne s’élève plus qu’à 1,6 million d’euros, toujours selon les chiffres diffusés par l’assurance-maladie au cours de l’Observatoire de l’économie de novembre 2025. Et encore cette portion n’est pas aussi congrue qu’il y paraît puisque ce volume a doublé par rapport à 2023. Un léger frémissement est par ailleurs noté par l’assurance-maladie au premier semestre, 800 000 euros encaissés contre 600 000 euros, un an auparavant. Rien d’étonnant à ces mauvaises performances, comme l’indique la CNAM, seules 13 % des pharmacies se sont investies au cours des six premiers mois de l’année. Elles étaient encore 19 % sur l’ensemble de l’année 2024.
Réputés également chronophages et facteurs de tâches administratives, les bilans partagés de médication (BPM) ne remportent pas davantage l’adhésion. En 2025, les officines ne sont plus que 11 %, contre 19 % en 2024, à en proposer. Mais il semblerait que celles qui s’y mettent intensifient leur engagement. Car la rémunération perçue par le réseau au titre des BPM a bondi de 1 million d’euros en 2023 à 2,6 millions en 2024. En revanche, le comparatif entre le premier semestre de cette année et celui de l’année passée signale une stagnation. Il en est de même pour les entretiens pour patients sous chimiothérapie orale qui ont pourtant connu une progression de 23,2 % en 2024, conférant au réseau une rémunération à hauteur de 500 000 euros.
Vaccination et TROD cystite et angine : les bons élèves
On est donc loin de la manne que constitue la vaccination antigrippale. La rémunération liée à cette mission a bondi de 8,35 % entre 2023 et 2024 à 48 millions d’euros. En 2019, elle atteignait à peine 15 millions d’euros ! Une explosion de cette ligne de revenus est même attendue en fin d’année car au 30 juin 2025, 4,5 millions d’euros avaient déjà été engrangés, soit quasiment le double de l’année précédente à la même date. Une montée en puissance est également pressentie par le GERS Data qui, dans ses statistiques au 33e jour de campagne a enregistré 29 % plus de vaccins antigrippaux écoulés dans les officines que lors des années précédentes, à la même époque. Et ce, alors même qu’une croissance de 17 % a été respectivement observée en 2023 et en 2024. Signe que le pharmacien est identifié comme porte d’entrée dans la vaccination, les rappels vaccinaux explosent. 24,1 millions d’euros ont été gagnés par le réseau à ce titre en 2024. Ce dont 12,5 millions d’euros de plus qu’en 2023, année d’instauration de cette mission. À noter que cette performance est déjà presque atteinte au premier semestre où la rémunération se monte déjà à 21 millions d’euros. Selon les chiffres GERS Data, au 31 juillet, 95 % des pharmacies proposaient déjà les rappels vaccinaux avec, en moyenne, 26 vaccins administrés par mois.
Les TROD angine et cystite sont eux aussi en bonne voie avec un niveau de rémunérations de 5,3 millions et 2,6 millions d’euros en 2024. Il devrait encore gonfler cette année puisque le premier semestre 2025 a, à lui seul, rapporté 4,3 millions d’euros pour l’angine et 3,5 millions d’euros pour la cystite, comme l’attestent les statistiques de l’assurance-maladie. L’adhésion des pharmacies à cette nouvelle mission ne fait plus de doute : selon GERS Data, au 31 juillet, 87 % des pharmacies étaient impliquées dans le TROD angine, 81 % dans le TROD cystite à hauteur respectivement de 27 et 21 TROD par mois.
L’entretien femme enceinte peine à s’inscrire dans les pratiques
Bien qu’ayant rapporté 8,6 millions d’euros en 2024, la remise du kit de dépistage du cancer colorectal marque le pas au premier semestre avec 3,6 millions d’euros versés aux officines contre 4 millions à la même période de 2024, relève l’assurance-maladie. 96 % des pharmacies jouent le jeu, à en croire les chiffres GERS Data, pour une moyenne de 8 kits remis par mois. L’entretien femme enceinte pourtant court et relativement simple, rémunérateur à hauteur de 5 euros, peine à s’inscrire dans les pratiques. Selon GERS Data, au 31 juillet, seules 30 % des pharmacies déclaraient le proposer. Résultat, ce revenu reste marginal en termes de rémunération pour le réseau : 300 000 euros en 2024 et il ne devrait pas faire beaucoup mieux cette année, le premier semestre enregistrant un gain de 200 000 euros. Soit l’équivalent de ce que rapportent les entretiens pour patients sous antalgiques de palier II, également dénommés entretiens opioïdes. Il est cependant encore trop tôt pour prédire l’avenir de cette nouvelle venue parmi les missions.
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