Le Quotidien du pharmacien. - Qu’est-ce qui motive les patients à se tourner vers les plantes ?
Marie Tanneau - Ils recherchent de la naturalité, en complément ou en opposition à la chimie perçue du médicament. Mais ils ignorent les différentes réglementations entre la plante médicinale, l’huile essentielle et le complément alimentaire. Ils sont, par ailleurs, submergés d’informations santé, vraies ou fausses, comme cette dame qui voulait de « l’huile de magnésium ». Certains patients présentent des listes de course, rédigées par des naturopathes ou autres, à la limite de la prescription. Il m’arrive de reconnaître les mêmes « protocoles » appliqués quel que soit le patient. Je ne suis pas là pour juger. Au contraire, j’essaie de comprendre leurs croyances. Mon objectif est de nouer une relation de confiance, pour qu’ils fassent un choix vraiment éclairé pour leur santé.
Que proposez-vous à l’herboristerie de la pharmacie ?
L’herboristerie occupe un des angles de la pharmacie, aménagé pour une centaine de références de plantes. Nous proposons du vrac, mais pas de mélange, en raison de la question du stockage et de la traçabilité. Uniquement des plantes sèches, en sachets fermés, contrôlées et sourcées par un laboratoire pharmaceutique que j’ai sélectionné pour m’assurer de la qualité de la matière première. Notre responsabilité, en tant que pharmacien, c’est la qualité. Il m’est aussi arrivé pour l’huile de CBD, que nous délivrons suivant une fiche protocole que nous avons créée, de faire des analyses à l’hôpital pour vérifier les garanties promises.
Est-ce le rôle du pharmacien ?
Nous avons en face de nous des marchands de rêve. Ils vendent un monde naturel forcément bienfaiteur. Il est difficile de faire entendre, de notre côté, qu’une plante puisse être plus néfaste qu'un médicament. Je le répète à mes patients : il n'y a pas de meilleure usine chimique qu'une plante. Elles produisent des molécules tellement complexes que même les chimistes n'arrivent pas à les recréer. Non seulement, je suis persuadée que les pharmaciens doivent réinvestir l’herboristerie pour préserver leur monopole des plantes médicinales. Mais, en tant qu’experts, nous devons sortir du comptoir pour informer. J’ai fait une conférence à Arles sur le Garcinia cambogia, pour expliquer ce qui relève du médicament et du complément alimentaire, les réglementations, les risques d’interactions, etc. 50 personnes sont venues écouter et ont posé des questions. Nous devons occuper le terrain.
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