Dans une interview accordée ce week-end au journal « Le Monde », Catherine Vautrin, ministre du Travail et de la Santé, est revenue sur les mesures d’économies annoncées il y a quelques jours par le Premier ministre dans le domaine de la santé. Elle a notamment confirmé que le gouvernement comptait bien doubler le plafond des franchises médicales et que ces dernières seraient bien payées « au comptoir » …
C’est une déclaration qui ne va pas réchauffer l’atmosphère entre le gouvernement et les représentants des pharmaciens, actuellement en plein conflit sur le dossier des remises génériques. Dans les colonnes du « Monde », Catherine Vautrin a redétaillé les mesures envisagées par le gouvernement pour freiner de 5 milliards d’euros les dépenses de santé en 2026. Parmi les mesures phare de ce plan, le doublement du plafond des franchises médicales est plus que jamais souhaité par l’exécutif. « Il faut arrêter avec cette idée que l’assurance-maladie, “c'est gratuit, j'y ai droit” », insiste Catherine Vautrin. La franchise médicale sur une boîte de médicaments passerait donc de 1 euro à 2 euros avec un plafond fixé « à 8 euros maximum par mois », et à 100 euros par an, a précisé la ministre, qui a ensuite réaffirmé que ces franchises seraient bel et bien payées « au comptoir ». Une possibilité contre laquelle s’élèvent vigoureusement les pharmaciens.
« On est vent debout contre cette mesure », a en effet tenu à rappeler Philippe Besset, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF) dans un reportage diffusé sur « LCI ». « Il ne faut pas que cette mesure passe, cela ne touche que les patients qui consomment des médicaments parce qu’ils ont des maladies chroniques. Comment va-t-on faire pour récupérer un euro chez les patients âgés en EHPAD ou quand c’est un infirmier qui vient chercher les médicaments ? », interroge-t-il également. Si le gouvernement persiste et signe, Philippe Besset prévient : « Les pharmaciens vont arrêter le tiers payant et les Français devront payer l’intégralité de leurs médicaments au comptoir, ce qui est juste impossible », souligne-t-il. Comme l’expliquait récemment Lucie-Hélène Pagnat, directrice générale de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO), encaisser les franchises directement au comptoir pose également problème pour des raisons techniques. « Ce n’est pas envisageable, car le pharmacien n’a pas la capacité de vérifier au comptoir où le patient en est de son plafonnement. Quid du reversement au gouvernement ? », questionne-t-elle. Cette opposition à la collecte des franchises médicales au comptoir est d’ailleurs rappelée dans la pétition « non aux déserts pharmaceutiques ! », lancée par l’intersyndicale (FSPF, USPO, UNPF, UDGPO, Federgy). C’est donc un nouveau sujet de discorde particulièrement explosif qui risque d’aggraver encore le climat de défiance entre le gouvernement et les pharmaciens.
Dans son interview au journal « Le Monde », Catherine Vautrin a par ailleurs abordé les autres pistes envisagées par son gouvernement pour tenir l’objectif des 5 milliards d’euros de dépenses de santé en moins en 2026. Concernant les affections longue durée (ALD), la ministre précise qu’il est notamment question de « faciliter la sortie de ce régime, quand le médecin déclare que vous êtes pleinement guéris d'un accident vasculaire cérébral ou d'un cancer, par exemple ». Autres solutions évoquées, la fin de la prise en charge des médicaments « dont le service médical rendu est faible » et des cures thermales. Sur le sujet des arrêts maladie, Catherine Vautrin a par ailleurs expliqué qu’un transfert de la prise en charge de ces arrêts à l’employeur jusqu'au 7e jour était bien « à l'étude ». Dans l’idée de « mettre fin aux abus », l’exécutif songeait aussi à « limiter tout premier arrêt de travail à 15 jours en médecine de ville », et à « un mois en sortie d'hospitalisation ».
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